Calcium
Le calcium est indispensable pour la constitution du tissu osseux
et forme ainsi un composant essentiel du squelette. Près de 99% du calcium
du corps humain est déposé dans l'os sous forme de phosphate calcique
amorphe et d'hydroxyapatite cristallisée qui assurent la solidité et
la rigidité du squelette et la dureté des dents.
L'os est un organe vivant, dynamique. Chez les sujets jeunes, la
formation osseuse (par les ostéoblastes) est plus importante que la
résorption (par les ostéoclastes) et le bilan calcique est positif.
Chez les adultes au-delà de 45 ans et surtout chez la femme après la
ménopause, en absence de traitement oestrogénique, la résorption osseuse
prédomine. La perte de masse osseuse entraîne un bilan calcique négatif:
cela conduit à terme à l'ostéoporose dont l'incidence dans la population
vieillissante ne fait que croître et constitue un fléau social. Les
recommandations actuelles sont justifiées par la volonté de favoriser
la constitution d'une masse osseuse optimale. Le pic de formation osseuse
et de dépôt calcique survient, comme le montrent les recherches récentes,
à l'adolescence. C'est donc, dès cet âge, qu'un effort de prévention
débute. Même chez l'adulte et les sujets âgés, un apport calcique suffisant
s'impose, surtout qu'avec l'âge, l'absorption de cet élément diminue.
Les produits laitiers doivent donc être présents dans l'alimentation
à tous les âges de la vie.
Le calcium est peu abondant dans les liquides corporels (1%), mais
il intervient dans des fonctions métaboliques multiples et très différentes:
la coagulation sanguine, l'excitabilité neuromusculaire, la conduction
nerveuse, la contraction musculaire, la perméabilité membranaire et
la libération d'hormones.
Le besoin en calcium est influencé par plusieurs facteurs. Les phosphates
diminuent l'excrétion calcique urinaire alors que l'élimination urinaire
du sodium et des protéines vont de pair avec l?excrétion du calcium.
La vitamine D et le lactose augmentent l'absorption intestinale du calcium;
les fibres, les phytates et l'oxalate exercent un effet inverse. En
outre, le coefficient d'absorption diminue avec l'augmentation du calcium
dans le régime alimentaire, il augmente avec les besoins. Nos recommandations,
analogues à celles de la France (Dupin et al., 1992), en tiennent compte.
La carence en calcium est rare. Elle se rencontre chez les enfants
consommant une alimentation pauvre en calcium (alimentation sans produits
laitiers) et/ou recevant des rations avec un rapport Ca/P trop bas.
Le déficit chronique peut conduire à une réduction de la densité de
la masse osseuse chez l'enfant ce qui cause des fractures plus fréquentes
(rachitisme).
L'adulte est capable de métaboliser de grandes quantités de calcium
étant donné l'efficacité du mécanisme homéostatique. Cependant, il est
conseillé de ne pas consommer plus de 2,5 g de calcium par jour, afin
d'éviter l'hypercalcémie, les calculs rénaux et un risque de dégradation
de la fonction rénale (CEC, 1993).
Phosphore
Le corps humain adulte contient 700 à 900 g de phosphore. Près de
80 à 85% se trouvent déposés sous forme de sel phosphocalcique dans
le squelette et les dents, le reste se situe dans les fluides physiologiques.
Ce sont des constituants fondamentaux de toute cellule vivante: ils
sont présents dans les acides nucléiques (ARN, ADN) et dans les liaisons
riches en énergie (ATP, ADP). Les phosphates interviennent dans de nombreuses
réactions biochimiques et sont les cofacteurs de diverses réactions
enzymatiques du métabolisme des glucides, des lipides et des protéines.
Enfin, les phosphates sont des constituants vitaux dans le maintien
de l'équilibre acide-base, intra- et extra-cellulaire.
Les phytates contenus dans les céréales complètes et d'autres végétaux
sont riches en phosphore, mais n'en constituent pas une bonne source
en l'absence de phytases.
Chez l'être humain, le rapport Ca/P alimentaire doit être supérieur
à 1, de préférence proche de 1,3. Il ne devrait jamais être inférieur
à 0,5 car un excès de phosphore stimule la résorption osseuse ce qui
pourrait favoriser une ostéoporose, surtout si l'apport calcique est
insuffisant. Le rapport Ca/P du lait maternel est de deux.
La carence en phosphore est rare, provoque une baisse du taux phosphoré
sanguin et cause de l'ostéomalacie. Un excès alimentaire de phosphore
est fréquent et impose aux mécanismes rénaux d'élimination une charge
supplémentaire. Les conséquences à long terme sur la santé ne semblent
pas connues.
Magnésium
Le magnésium se présente dans l'organisme humain surtout sous forme
de sel magnésien. Il se situe pour plus de la moitié dans l'os, pour
un quart dans les muscles squelettiques, le reste se répartissant surtout
dans le système nerveux et dans les organes à haute activité métabolique.
Les ions magnésium jouent un rôle important dans toute une série de
réactions enzymatiques où interviennent des liaisons phosphore riches
en énergie. Ces ions sont indispensables pour le transfert de l'influx
nerveux et pour la contraction musculaire. Le magnésium participe aussi
au métabolisme fondamental, il est par exemple indispensable à la synthèse
des protéines.
Les besoins en magnésium sont mal connus chez l'enfant. Le lait
maternel en contient environ 40 mg par litre. On peut recommander un
apport de base d'environ 7 mg/kg/jour de 6 à 11 mois. De même, on peut
proposer 6 mg/kg/jour chez l'enfant et 4,3 mg/kg/jour chez l'adolescent.
A ces valeurs de base, on ajoute 30% pour parer aux variations individuelles
(CEC, 1993; Dupin et al, 1992).
Pour les adultes, un apport de magnésium de 3,4 mg/kg/jour permet
de maintenir un bilan positif, mais les besoins réels peuvent être de
loin inférieurs à ces valeurs (CEC, 1993). Les recommandations proposées
sont donc largement suffisantes pour toute la population et pourraient
être affinées à l'avenir.
Le déficit en magnésium est rare chez l'homme sain tout comme l'apport
excessif de magnésium est peu nuisible vu l'excrétion rénale efficace.
Des ingestions de 3 à 5 g de magnésium peuvent induire de la diarrhée.
Sodium, chlore et potassium
Les apports en sodium, chlore et potassium sont indispensables pour
maintenir l'homéostasie, c'est-à-dire l'équilibre physiologique des
liquides intra- et extracellulaires, pour remplacer les pertes obligatoires
(sudation, pertes urinaires et fécales) et pour couvrir les besoins
de croissance. A l'inverse du sodium qui est le cation extra-cellulaire
principal, le potassium est le cation intracellulaire principal.
Les besoins minima en sodium des nourrissons sont estimés pour les
premiers mois de la vie sur base de la composition moyenne du lait maternel.
Le lait maternel contient en moyenne 160 mg de sodium, 385 mg de chlore
et 500 mg de potassium par litre. Le nourrisson exclusivement nourri
au sein reçoit environ 23 mg de sodium/kg/jour. Les apports recommandés
chez l'enfant sont de 23 à 46 mg de sodium/kg/jour. Les apports du nourrisson
non allaité devraient se situer aux valeurs supérieures de la fourchette.
Les besoins en chlore sont comparables aux besoins en sodium. Le potassium,
en tant qu'ion intracellulaire, est un nutriment indispensable à l'anabolisme,
notamment à la croissance et à la formation du muscle. Les besoins sont,
dans ce cadre de la synthèse tissulaire, aussi étroitement associés
à ceux en protéines et en calories. On peut estimer l'apport recommandé
à environ 78 mg/100 kcal (Dupin et al., 1992).
Pour les adultes, une marge plus large de recommandations est permise
en raison de capacités métaboliques meilleures pour maintenir l'homéostasie.
Les experts de la CEC (1993) estiment que pour éviter l'hypertension
surtout chez les personnes âgées, il ne faut pas consommer plus de 3,5
g de sodium par jour. Au-delà de 5,9 g de potassium par jour, une hyperkaliémie
est décrite chez certains groupes de personnes.
Fer
Dans l'organisme, le fer est un constituant de l'hémoglobine et
de la myoglobine qui interviennent dans le transport de l'oxygène. Le
fer est aussi présent dans les cytochromes qui sont essentiels dans
la respiration cellulaire. Par ailleurs, il joue un rôle important dans
de nombreuses enzymes d'oxydation. Les réserves de fer dans l'organisme
se présentent sous forme de ferritine et d'hémosidérine dans le foie,
la rate, la moelle osseuse ainsi que dans les muscles squelettiques
(FAO/WHO, 1988).
Les recommandations concernant le fer font appel à un double concept:
d'une part, au niveau minimal, le besoin en fer qui traduit la quantité
de l'élément indispensable pour assurer le métabolisme de base, et d'autre
part, au niveau optimal, l'apport alimentaire. La différence entre ces
deux niveaux traduit la notion de biodisponibilité du fer présent dans
l'alimentation consommée où le fer existe sous diverses formes chimiques.
De fait, le fer peut être présent sous forme soit héminique à l?état
ferreux, soit non héminique moins bien absorbé au niveau intestinal.
Ajoutons que l'absorption du fer est favorisée par l'ingestion concomitante
de vitamine C (fruits) et de protéines d'origine animale. Par contre,
l'absorption est diminuée par la formation de complexes insolubles en
présence de tanins, de phytates, d'oxalates et de certaines protéines.
De plus, le fer ferreux est mieux absorbé que le fer ferrique.
Pour établir les besoins en fer, on part du principe qu'il faut
apporter le fer pour compenser les pertes (intestinales et éventuellement
menstruelles) obligatoires et assurer la croissance tissulaire (sang,
muscle...), ainsi que fournir le fer nécessaire au développement foetal
en cas de grossesse.
Les besoins sont, proportionnellement au poids corporel, plus
élevés durant la première année de vie, spécialement entre 4 et 12 mois.
En effet, le foie et les hématies qui stockent environ 50 mg de fer
par kg de poids corporel, constituent une part de réserve pour le nourrisson
pendant les 3 à 4 premiers mois de vie. Le taux élevé de l'hémoglobine
à la naissance (de l'ordre de 16,5 g/l) représente une réserve martiale
endogène importante, mobilisée pendant les premières semaines de vie.
Ce mécanisme permet de maintenir jusqu'à 3 ou 4 mois le niveau de l'hémoglobine
à 12 g/l avec un
apport de fer exogène (alimentaire) négligeable. Le pool martial
total de l'organisme reste donc stable (de l'ordre de 250 mg) alors
que le poids corporel moyen passe de 3,5 à 6,0 kg environ. Au-delà de
cet âge par contre, le maintien de l'hémoglobine au taux normal (>
11,5 g/l) nécessite un apport de fer exogène de 0,7 mg par jour, ce
qui permet de porter le pool martial à 330 mg environ à 6 mois et 450
mg à 12 mois. Tenant compte des pertes digestives obligatoires, le besoin
est en fait de 0,9 mg de fer par jour pendant la première année de vie.
Comme l'absorption intestinale du fer dépend de l'état des réserves
corporelles et de la nature de l'alimentation, on a retenu, en dehors
d'un allaitement maternel, un coefficient d'absorption moyen de 10 %.
Ceci revient à recommander après 3 mois un apport de l'ordre de 4 à
10 mg/jour. Après un an, la vitesse de croissance est plus modeste et
un PRI de 10 mg par jour est proposé et ce jusqu'au début de la puberté.
(FAO/WHO, 1988)
Durant l'adolescence, la croissance augmente considérablement, et
les besoins en fer absorbé atteignent environ 1,5 mg par jour. L'apport
recommandé est donc de 10 à 13 mg par jour chez les garçons. Chez les
filles pubères, il faut ajouter les apports nécessaires pour compenser
les pertes menstruelles.
En raison de la consommation alimentaire importante de viande (riche
en fer héminique) observée dans la population adulte européenne, on
estime la biodisponibilité du fer à 15% (CEC, 1993). Les recommandations
de la CEC (1993) ont été adoptées pour notre pays: 9 mg par jour pour
l'homme, 8 mg par jour pour la femme auxquels s'ajoutent 12 mg par jour
afin de compenser les pertes menstruelles, ce qui porte l'apport recommandé
à 20 mg de fer par jour.
Chez les femmes enceintes, les apports en fer doivent compenser les
pertes obligatoires, couvrir les besoins placentaires et foetaux et
assurer l'expansion de la masse érythrocytaire. Cette expansion requiert
1 g de fer pour toute la grossesse. Le besoin basal des deuxième et
troisième trimestres, respectivement de 4,4 et 6,3 mg par jour, ne peuvent
plus être satisfaits uniquement par le fer alimentaire et les réserves
endogènes n'y suffisent pas car elles n'atteignent pas 500 mg. Dès lors
le recours à des suppléments en fer s'impose dès la fin du premier trimestre.
Chez la femme allaitante, les apports recommandés sont de 10 mg
de fer par jour.
La carence en fer conduit à l'anémie ce qui peut réduire la capacité
physique à l'effort de l'adulte, porter atteinte au développement psychomoteur
des enfants, retentir sur la capacité de résistance aux infections et
sur l'évolution de la grossesse. Chez le sujet sain, un mécanisme de
contrôle de l'absorption intestinale du fer permet d'éviter tout risque
de surcharge tissulaire.
Zinc
Le zinc fait partie intégrante de nombreuses enzymes et, de ce fait,
participe à divers processus métaboliques: la synthèse des protéines
et des acides nucléiques, la régulation biochimique des glucides, la
mobilisation de la vitamine A, la synthèse d'hormones et le contrôle
de l'expression des gènes.
Le besoin individuel en zinc est fonction de l'état des réserves
et des capacités propres à le mobiliser au sein du pool endogène. Par
ailleurs, des mécanismes régulateurs très efficaces permettent d'ajuster
l'absorption et l'excrétion essentiellement intestinale au point de
réduire les pertes obligatoires endogènes à moins de 0,35 mg par jour.
Par contre, la biodisponibilité du zinc alimentaire dépend de la nature
des aliments, en raison d'interactions avec les protéines, les fibres,
les phytates et d'autres minéraux.
Pour les nourrissons de moins de 6 mois, les recommandations émanent
d'un calcul basé sur les apports en zinc de l'enfant né à terme et nourri
au sein, sachant que la teneur en zinc du lait maternel diminue d'un
facteur 5 au cours des 6 premiers mois de lactation. Pour les enfants
et les adolescents, la méthode factorielle (USA, 1989), avec un coefficient
d'absorption moyen de 30% et une variation individuelle de 30% également,
permet d'estimer le besoin à 6-7 mg/jour, valeurs qui sont proches des
recommandations formulées par la CEC (1993).
En se basant comme les experts de la CEC (1993) sur une perte obligatoire
de 2,2 mg par jour pour l'homme adulte et 1,63 mg par jour pour la femme
et en supposant un coefficient moyen d'absorption de 30%, on arrive
à estimer des besoins moyens à 7,5 et 5,5 mg par jour respectivement
pour l'homme et la femme. Tenant compte des variations individuelles
de 25%, on calcule qu'un PRI de 9,5 mg par jour pour l'homme et 7 mg
par jour pour la femme seraient suffisants. Néanmoins, vu la variation
intra- et interindividuelle du coefficient d'absorption, on a décidé
de recommander un apport un peu plus élevé et plus sûr comme l'a fait
le National Research Council des USA (1989).
Pour la grossesse, aucun supplément de zinc ne serait nécessaire
(CEC, 1993), mais par souci de sécurité encore, un apport supplémentaire
quotidien de 3 mg de zinc est conseillé. Pour l'allaitement, un supplément
de 5 à 7 mg de zinc est conseillé.
Le déficit en zinc peut entraver la croissance, causer des altérations
cutanées, provoquer des anomalies immunologiques et peut également être
source d'anorexie. Un apport excessif et prolongé de zinc (> 50 mg/j)
est toxique pour différentes fonctions immunitaires et s'accompagne
d'une baisse du cuivre sérique et du HDL-cholestérol (HDL: High Density
Lipoprotein).
Cuivre
Le cuivre est le cofacteur de nombreuses enzymes d'oxydation. Parmi
celles-ci on peut citer en guise d'exemples: la superoxyde dismutase
érythrocytaire qui protège les membranes cellulaires contre les radicaux
libres et la céruloplasmine qui est indispensable pour l'utilisation
du fer et pour l'hématopoïèse. Les cupro-enzymes interviennent aussi
dans la synthèse du collagène, de l'élastine et de certains peptides
neuro-actifs.
Les données scientifiques relatives aux besoins en cuivre d?un individu
aussi bien que d?une population sont peu précis. Dès lors, les valeurs
d'apport proposées ne se focalisent pas toujours sur un chiffre de PRI
mais sur des écarts de valeurs. Ces 2 extrêmes encadrent les apports
jugés satisfaisants pour maintenir la santé.
Le cuivre du lait maternel est en grande partie lié à l'albumine
sérique et est, de ce fait, très biodisponible. Cependant, la teneur
en cuivre du lait maternel diminue sensiblement pendant les 6 premiers
mois de l'allaitement, tombant d'une valeur moyenne de 0,6 mg/l à 1
mois à 0,2 mg/l à 6 mois, voire moins. Dès lors, l'apport en cuivre
peut être un sujet de préoccupation chez les nourrissons exclusivement
allaités, même si aucun cas de carence avérée n'est semble-t-il décrit
dans ce contexte à ce jour. Une attention plus particulière doit être
accordée aux prématurés: étant donné qu?ils sont nés avec des réserves
cupriques hépatiques faibles, ils peuvent présenter des carences si
leur alimentation lactée n'est pas enrichie en cuivre, notamment lorsqu'ils
sont nourris au lait de vache.
Chez les enfants de 6 à 11 mois, les experts de la CEC (1993) proposent
de calculer les besoins en supposant une teneur tissulaire corporelle
moyenne en cuivre de 1,38 µg par gramme de tissu et en tenant compte
des pertes endogènes obligatoires. Pour une absorption de 50%, on estime
le PRI à 36 µg par kilo de poids corporel par jour. Entre 1 an et 6
ans, un besoin basal de 30 µg/kg/jour a été supposé; de même, 24 µg/kg/jour
entre 7 et 10 ans et 18 µg/kg/jour de 15 à 17 ans; ces chiffres permettent
de calculer un PRI.
Pour les enfants et les adolescents, il faut tenir compte d'une
marge de sécurité, de sorte que les recommandations se situent entre
les recommandations les plus basses du CEC (1993) et les recommandations
les plus élevées du "Committee on Medical Aspects of Food Policy" (COMA,
voir ref. D.H.,1991) et du "National Research Council" (USA, 1989).
On considère que, durant la grossesse la mère peut puiser dans ses
réserves un besoin supplémentaire estimé à 0,15 mg/jour. Les apports
alimentaires ordinaires conseillés peuvent être simplement maintenus.
Les besoins supplémentaires en cuivre liés à un allaitement surviennent
à un moment où les réserves initiales peuvent déjà avoir été sérieusement
entamées. A ce stade, il est préférable de ne pas négliger ce besoin
supplémentaire qui peut être calculé comme suit: le débit lacté journalier
moyen étant de 750 ml par jour et la teneur lactée moyenne de 0,22 mg/l,
la perte maternelle en cuivre est quotidiennement de 0,16 mg environ.
Si l'absorption intestinale du cuivre est d'environ 50%, le supplément
alimentaire nécessaire se chiffre à 0,33 mg par jour. Un PRI de 1,4
mg par jour est donc conseillé pour assurer les besoins cupriques de
la femme allaitante.
Les besoins en cuivre chez l'homme ont été établis sur base d'études
utilisant la méthode des bilans. Ces travaux permettent d'estimer le
besoin moyen de l'adulte à 0,8 mg par jour et on en déduit un PRI de
1,1 mg par jour pour l'homme et la femme (CEC, 1993).
La carence en cuivre provoque une anémie ferriprive par défaut de
mobilisation du fer endogène (la céruloplasmine est en fait une ferroxydase),
une neutropénie, des troubles des phanères et à terme des anomalies
de l'ossification proches de celles décrites dans le scorbut. L'excès
de cuivre est toxique et peut provoquer une anémie hémolytique aiguë,
parfois fatale.
Sélénium
Le sélénium est un cofacteur de l'enzyme glutathion peroxydase,
active dans la chaîne de réduction des peroxydes; il fait partie intégrante
des systèmes de protection des membranes cellulaires contre la dégradation
oxydative. La peroxydation mal contrôlée des lipides entraîne la formation
de radicaux libres qui pourraient intervenir dans la pathogénie de maladies
cardio-vasculaires et l'étiologie de certains cancers. Des arguments
sérieux portent à croire que le sélénium intervient dans la synthèse
de l'ubiquinone, dans la transformation de l'hormone thyroïdienne T4
en T3, dans la régulation des cellules immunocompétentes et dans le
métabolisme de l'acide arachidonique.
Les besoins de base en sélénium sont mal connus et leur estimation
est souvent basée sur des études de bilans, mais aussi sur le taux plasmatique
et sur l'activité de la glutathion peroxydase érythrocytaire. Il en
résulte des conseils d'apports très variables selon les Comités d'experts
consultés.
Le "Committee on Medical Aspects of Food Policy" (COMA, voir ref.
D.H., 1991) conseille un apport de 10 à 13 µg par jour pour les nourrissons
âgés de 0 à 6 mois. Pour les enfants et les adolescents, les recommandations
nord-américaines (USA, 1989) semblent les plus appropriées. L'apport
recommandé augmente avec l'âge et varie de 15 à 50 µg de sélénium par
jour.
Pour les adultes, les experts de la CEC (1993) ont établi le PRI
à 55 µg par jour et à 70 µg par jour pour les mères en période d'allaitement.
Pour le présent rapport, on adopte un PRI de 70 µg par jour pour toute
la population adulte.
La carence profonde est associée à des cardiomyopathies (Maladie
de Keshan décrite en Chine). Le déficit modéré est associé à des myopathies
squelettiques.
La consommation excessive de sélénium au-delà de 450 µg par jour
peut se dépister à l'odeur caractéristique d'ail de l'haleine. Des ingestions
supérieures à 3,2 mg par jour peuvent causer des intoxications graves
avec dermatite, dystrophie des ongles, alopécie et anomalies neurologiques
telles que paresthésie et paralysies (par exemple hémiplégies).
Iode
Le seul rôle connu de l'iode dans l'organisme est de constituer
un élément essentiel dans la structure des hormones thyroïdiennes, la
tétraiodothyronine (T4) et la triiodothyronine (T3). Ces hormones exercent
une action régulatrice sur le métabolisme de toutes les cellules ainsi
que sur tous les processus de croissance, et en particulier celle du
cerveau au début de la vie.
Des résultats de bilans nutritionnels permettent d'apprécier les
quantités d'iode requises pour induire chez le nourrisson un bilan iodé
positif et pour permettre la constitution de réserves iodées dans la
thyroïde: les quantités requises oscillent de 10 à 15 µg par kilo de
poids corporel par jour.
Chez le prématuré, ce besoin est de 30 µg/kg/jour. Ceci a amené
l'OMS à proposer un apport total de 90 µg/jour dès la naissance et ce,
jusqu'à l'âge de 6 ans (Delange, 1993). Un consensus existe pour recommander
un apport de 120 µg par jour de 7 à 10 ans. Pour les adolescents et
les adultes, l'apport conseillé est de 150 µg par jour. Pour la femme
enceinte et pendant l'allaitement, 200 µg par jour sont recommandés.
Une carence iodée profonde induit une insuffisance thyroïdienne,
ce qui aura pour conséquence un ralentissement de l'ensemble des activités
métaboliques tissulaires. Si cette carence survient durant la vie foetale
et/ou dès les trois premières années de la vie, le développement cérébral
est affecté. Il en résulte sur le plan clinique un retard mental irréversible
(crétinisme).
Lorsque les besoins en iode ne sont pas rencontrés au niveau d'une
population, un ensemble d'anomalies s'y manifeste sous forme de troubles
de la croissance et d'hypo-fonctionnement thyroïdien clinique ou subclinique.
Lorsque le déficit iodé est profond, on peut observer des goitres endémiques,
du crétinisme, un retard mental, une diminution de la fertilité, une
augmentation de la mortinatalité et de la mortalité infantile.
La toxicité d'un apport iodé excessif se manifeste dans la population
par une augmentation de l'incidence des cas de thyréotoxicose. (CEC,
1993; Braverman L.E., 1993)
Manganèse
Les connaissances sur la fonction biologique de ce métal chez l'homme
restent très fragmentaires. Deux propriétés sont, cependant, bien connues:
d'une part le manganèse corporel intervient dans différentes activités
enzymatiques (comme constituant intégrant ou comme activateur), d'autre
part le manganèse alimentaire joue un rôle au niveau intestinal, parce
qu'il interagit avec l'absorption d'autres nutriments. Le manganèse
et le fer partagent le même transporteur intestinal et sont en compétition
vis-à-vis de leur absorption. De même, le calcium, le phosphore et les
phytates entravent l'assimilation du manganèse par des mécanismes non
connus. Le manganèse est un activateur de nombreuses enzymes.
C'est ainsi qu'il active in vitro les transférases des radicaux
glucosyles et sulfuryles. Ces enzymes sont impliquées dans la synthèse
du chondroïtine sulfate, du collagène et de la matrice protéique de
l'os et des articulations. Le manganèse est un constituant de la pyruvate-carboxylase
et intervient dans la néoglucogenèse; le manganèse entre aussi dans
la structure de la superoxyde-dismutase mitochondriale.
Les besoins en manganèse chez l'être humain sont difficiles à apprécier
et de ce fait, les recommandations proposées sont peu précises. Les
propositions d'apport retenues sont celles du National Research Council
(USA, 1989).
Les carences en manganèse sont rares et s'accompagnent de perturbations
de la synthèse des stéroïdes (cholestérol) et de l'hydrolyse de certains
peptides, diminuant ainsi la libération de certaines hormones comme
l?insuline et l?angiotensine. L'inhalation excessive de poussières dans
les mines de manganèse peut causer des maladies nerveuses, induire des
psychoses et provoquer des hallucinations ("folie manganique").
Molybdène
La sulfite oxydase, la xanthine oxydase et l'aldéhyde déshydrogénase
sont trois métallo-enzymes ou molybdo-enzymes tissulaires. Chacune de
ces enzymes contient le métal intégré au sein d'un noyau ptérinique,
encore appelé "cofacteur molybdique" lui-même très stable et très fortement
lié chimiquement au reste de la structure enzymatique protéique. D'autres
déshydrogénases nécessitent également du molybdène. On ne connaît actuellement
pas d'autre rôle physiologique pour ce métal.
Les recommandations pour le molybdène sont celles proposées par
le National Research Council (USA, 1989) dans la mesure où elles sont
les seules disponibles.
Un manque total d'apport peut, chez les patients en nutrition parentérale
totale, provoquer une intolérance aux acides aminés soufrés et perturber
le métabolisme des bases puriques avec comme conséquence la xanthinémie.
L'excès alimentaire peut être provoqué expérimentalement chez l'animal;
la toxicité chez l'humain n'a été démontrée qu'après inhalation de fumées
ou poussières à haute teneur en molybdène. Dans ces conditions, on peut
induire un déficit secondaire en cuivre et augmenter l'excrétion de
l'acide urique.
Synthèse des données
Apports quotidiens recommandés pour les minéraux
Age
|
Calcium (Ca)
mg
|
Phosphore (P)
mg
|
Magnésium (Mg)
mg
|
|
0 - 5 mois
|
400
|
300
|
40 - 60
|
| 6 - 11 mois |
600
|
500
|
60 - 80
|
|
1 - 3 ans
|
800
|
700
|
80 - 85
|
|
4 - 6 ans
|
800
|
700
|
120 - 150
|
|
7 - 10 ans
|
800
|
700
|
150 - 200
|
|
11 - 14 ans
|
1000
|
900
|
250 - 300
|
|
15 - 18 ans
|
1200
|
1000
|
250 - 300
|
|
homme adulte
|
900
|
800
|
420
|
|
femme adulte
|
900
|
800
|
330
|
|
plus de 60 ans
|
1200 (a)
|
1000 (a)
|
480 (a)
|
|
grossesse
|
1200
|
1000
|
480
|
|
allaitement
|
1200
|
1000
|
480
|
(a) s'applique également aux femmes après la ménopause
Apports quotidiens
jugés satisfaisants pour les minéraux
Age
|
Sodium (Na)
mg
|
Chlore (Cl)
mg
|
Potassium (K)
mg
|
|
0 - 5 mois
|
23 - 46 (a)
|
35 - 71 (a)
|
39 - 78 (a)
|
| 6 - 11 mois |
225 - 500
|
350 - 800
|
800 - 1000
|
|
1 - 3 ans
|
225 - 500
|
350 - 800
|
800 - 1000
|
|
4 - 6 ans
|
300 - 700
|
500 - 1100
|
1100 - 1400
|
|
7 - 10 ans
|
400 - 1200
|
600 - 2000
|
1600 - 2000
|
|
11 - 14 ans
|
500 -1600
|
750 - 3100
|
2000 -3100
|
|
15 - 18 ans
|
500 -1600
|
750 - 3100
|
2000 -3100
|
|
homme adulte
|
575 - 3500
|
780 - 4600
|
2000 - 4000
|
|
femme adulte
|
575 - 3500
|
780 - 4600
|
2000 - 4000
|
|
plus de 60 ans
|
575 - 3500
|
780 - 4600
|
2000 - 4000
|
|
grossesse
|
575 - 3500
|
780 - 4600
|
2000 - 4000
|
|
allaitement
|
575 - 3500
|
780 - 4600
|
2000 - 4000
|
(a) par kilo de poids corporel
Apports quotidiens recommandés pour les oligo-éléments
Age
|
Fer (Fe)
mg
|
Zinc (Zn)
mg
|
Selenium (Se)
µg
|
|
0 - 3 mois
|
1,7
|
-
|
10
|
| 4 - 5 mois |
4,3 - 10
|
-
|
13
|
| 6 - 11 mois |
10
|
4
|
15
|
|
1 - 3 ans
|
10
|
4
|
20
|
|
4 - 6 ans
|
10
|
6
|
20
|
|
7 - 10 ans
|
10
|
7
|
30
|
|
11 - 14 ans
|
|
9
9
|
40
45
|
|
15 - 18 ans
|
|
9
7
|
50
50
|
|
homme adulte
|
9
|
9,5
|
70
|
|
femme adulte
|
|
7
|
70
|
|
plus de 60 ans
|
10 (c)
|
-
|
70
|
|
grossesse
|
10
|
7
|
70
|
|
allaitement
|
10
|
12
|
70
|
(a) sans pertes menstruelles
(b) avec pertes menstruelles
(c) s?applique également pour les femmes après la ménopause
Apports quotidiens jugés satisfaisants pour les oligo-éléments
Age
|
Cuivre (Cu)
mg
|
Iode (I)
µg
|
Manganèse (Mn)
mg
|
Molybdène (Mo)
µg
|
|
0 - 3 mois
|
0,2
|
90
|
0,3 - 0,6
|
15 - 30
|
| 4 - 5 mois |
0,3 - 0,7
|
90
|
0,3 - 0,6
|
15 - 30
|
| 6 - 11 mois |
0,3 - 0,7
|
90
|
0,6 - 1
|
21 - 40
|
|
1 - 3 ans
|
0,4 - 1
|
90
|
1 - 1,5
|
25 - 50
|
|
4 - 6 ans
|
0,6 - 1,5
|
90
|
1,5 - 2
|
30 - 75
|
|
7 - 10 ans
|
0,7 - 2
|
120
|
2 - 3
|
50 - 150
|
|
11 - 14 ans
|
0,8 - 2,5
|
150
|
2 - 5
|
75 - 250
|
|
15 - 18 ans
|
1 - 2,5
|
150
|
2 -5
|
75 - 250
|
|
homme adulte
|
1,1
|
150
|
2 - 5
|
75 - 250
|
|
femme adulte
|
1,1
|
150
|
2 - 5
|
75 - 250
|
|
plus de 60 ans
|
1,1
|
150
|
2 - 5
|
75 - 250
|
|
grossesse
|
1,1
|
200
|
2 - 5
|
75 - 250
|
|
allaitement
|
1,4
|
200
|
2 - 5
|
75 - 250
|